Cette traduction française de H. G. Wells vieille de 117 ans donne une leçon à notre époque
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Cette traduction française de H. G. Wells vieille de 117 ans donne une leçon à notre époque

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Cette traduction française de H. G. Wells vieille de 117 ans donne une leçon à notre époque

Cet été, je suis tombé sur une nouvelle de H. G. Wells, tirée d’un recueil de nouvelles “douze histoires et un rêve”.

H.G. Wells

Elle s’intitule en anglais The Valley of Spiders. Wells la publie en 1903. Six ans plus tard, elle paraît en français sous le titre La Plaine des araignées, dans une traduction d’Henry-D. Davray et de Bronisław Kozakiewicz. On peut la trouver ici.

Et cette traduction est remarquable.

Pas seulement correcte.

Pas seulement fidèle.

Remarquable.

La plaine des araignées - the valley of spiders H.G. Wells

On y retrouve le rythme de Wells, sa façon de faire monter l’inquiétude, la sécheresse de ses paysages, la précision de ses images et cette frontière très particulière entre le récit d’aventures et le cauchemar avec l’angoisse qui monte, et des personnages intemporels.

Le texte ne donne jamais l’impression d’avoir été transporté depuis une autre langue.

Il vit directement en français.

Traduire Wells sans faire disparaître Wells

C’est peut-être là que se reconnaît une grande traduction.

Le traducteur ne cherche pas à montrer qu’il a bien traduit.

Il disparaît derrière le texte.

Pourtant, cette disparition exige une présence considérable : il faut comprendre la phrase anglaise, naturellement, mais aussi le mouvement du récit, la psychologie des personnages, le niveau de langue, les silences et l’effet recherché sur le lecteur.

Davray et Kozakiewicz ne se sont pas contentés de restituer ce que Wells disait.

Ils ont restitué la manière dont Wells le disait.

La nuance est immense.

Une traduction littérale peut transmettre une information exacte tout en détruisant une œuvre.

Tous les mots sont là.

Mais la voix a disparu.

En 1909, les traducteurs avaient-ils davantage de liberté ?

Henry-D. Davray fut l’un des principaux passeurs de l’œuvre de Wells en France. La critique française de l’époque saluait déjà son travail et souhaitait qu’il continue à traduire l’écrivain britannique.

Cette reconnaissance ne venait pas uniquement de sa connaissance de l’anglais.

Davray connaissait Wells, son univers et sa pensée. Avec Kozakiewicz, il traduisait une œuvre dans sa continuité, au lieu de traiter chaque texte comme une commande isolée.

Leur traduction est donc aussi le résultat d’une fréquentation approfondie de l’auteur.

Ils ne traduisaient pas seulement un vocabulaire.

Ils traduisaient un écrivain.

Avons-nous confondu vitesse et progrès ?

Plus d’un siècle plus tard, nous disposons de dictionnaires instantanés, de corpus gigantesques, de logiciels spécialisés et d’intelligences artificielles capables de produire une version française en quelques secondes.

Et pourtant, en lisant La Plaine des araignées, une question s’impose :

avons-nous réellement progressé ?

Nous avons incontestablement gagné en vitesse.

Nous avons gagné en volume.

Nous avons gagné en accessibilité.

Mais avons-nous toujours conservé cette capacité à écouter longuement une voix avant de la faire entendre dans une autre langue ?

À force de demander combien de mots peuvent être traduits en une heure, nous oublions parfois de nous demander combien de temps il faut pour comprendre un auteur.

Une bonne traduction ne transporte pas seulement des mots

Cette leçon ne concerne pas uniquement la littérature.

Un contrat possède sa logique.

Une notice technique possède sa précision.

Un dossier médical possède ses conséquences humaines.

Une campagne publicitaire possède son rythme, ses références et sa capacité de persuasion.

Dans chacun de ces domaines, la traduction mot à mot peut sembler irréprochable tout en passant à côté de l’essentiel.

Car un texte ne se résume jamais à ce qu’il dit.

Il compte aussi par ce qu’il provoque.

C’est précisément le rôle du traducteur professionnel : comprendre l’intention, mesurer les nuances et produire dans la langue d’arrivée un texte qui remplit réellement sa fonction.

La technologie doit assister le traducteur, pas effacer son jugement

L’intelligence artificielle peut accélérer certaines étapes. Elle peut suggérer, comparer, repérer des répétitions ou faciliter le travail terminologique.

Mais elle ne doit pas devenir le prétexte à abaisser notre exigence.

La traduction de Davray et Kozakiewicz nous rappelle qu’un grand texte ne demande pas seulement une équivalence linguistique.

Il demande de la culture, du temps, de l’oreille et du jugement.

En 1909, deux traducteurs ont permis à des lecteurs français d’entendre pleinement la voix de H. G. Wells.

Cent dix-sept ans plus tard, leur travail reste une référence.

Et peut-être aussi un avertissement : une traduction n’est véritablement réussie que lorsque le lecteur oublie qu’il est en train de lire une traduction.

Votre texte doit-il simplement être traduit… ou doit-il produire en français le même effet que dans sa langue d’origine ?

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Sources

  • H. G. Wells, The Valley of Spiders, nouvelle publiée en 1903, notamment référencée dans The Strand Magazine en mars 1903.
  • H. G. Wells, La Plaine des araignées, traduction de Henry-D. Davray et Bronisław Kozakiewicz, édition française du Mercure de France, 1909.
  • La Nouvelle Revue française, 1909, compte rendu évoquant La Plaine des araignées et le travail de Davray sur Wells.

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